La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre d’un océan à l’autre : la CBC met fin à sa relation avec son animateur vedette Jian Ghomeshi. Jeudi dernier, l’ex-animateur avait annoncé qu’il prendrait une pause pour une durée indéterminée. Il venait de perdre son père.
 
Mais dimanche, on a appris que la CBC avait donné le cue (tudum-tsi!) à Ghomeshi pour quitter son poste. Celui-ci a publié sur sa page Facebook personnelle un long statut dans lequel il annonçait qu’il avait l’intention de poursuivre la CBC et pourquoi. Un communiqué envoyé par ses avocats l’a confirmé. Depuis, silence…
 
Depuis, de nouveaux faits sont venus jeter de l’ombre sur les belles dents blanches du principal intéressé.
 
Ce qui se passe
Poursuite au civil de 55 millions de dollars contre la société d’État CBC.
 
La poursuite de Ghomeshi
D’un côté, Jian Ghomeshi, ex-animateur respecté de Q with Jian Ghomeshi, l’une des émissions de radio les plus populaires du réseau et probablement au pays.

Ghomeshi prétend qu’une histoire de vengeance et de salissage de la part d’une ex-fréquentation frustrée et d’un journaliste serait à l’origine de son congédiement. Un genre de complot. L’ex et le journaliste auraient répandu de fausses rumeurs laissant croire que Ghomeshi pratiquait des activités sexuelles violentes sans consentement, ce que Ghomeshi dément. Puisque (toujours selon ce qu’avance Ghomeshi), il a été « prouvé à la CBC » que ces activités avaient bien lieu entre des personnes consentantes, on l’aurait remercié simplement parce que ça paraissait mal pour la CBC qu’un de ses animateurs s’adonne à des activités S & M (rappelons que Ghomeshi a lui-même fait « l’annonce officielle » de tout ça, bien que des rumeurs circulaient déjà).
 
Ghomeshi poursuit donc la CBC pour « abus de confiance et mauvaise foi ». Le fardeau de la preuve repose sur l’animateur. Il demandera aussi à être réintégré dans ses fonctions en évoquant la convention collective de CBC. C’est ce que Ghomeshi a déclaré, pour l’instant.
 
De l’autre côté du ring
La Canadian Broadcasting Corporation, organisme public de radiodiffusion qui subit ces temps-ci d’importantes coupures. La CBC n’a pas donné beaucoup de détails pour l’instant à propos de Ghomeshi. Un porte-parole, Chuck Thompson, a précisé : « De récentes informations nous portent à croire qu'il ne nous était plus possible de poursuivre notre relation avec M. Ghomeshi. La décision a été prise après de sérieuses délibérations et beaucoup de considération ».
 
Jesse Brown du Toronto Star avait tweeté dimanche : « Ce que j'ai appris à propos de Jian Ghomeshi à la suite des mois d'enquête sera rapporté de manière responsable le plus tôt possible. Je vous prie d'être patients. »
 
Le lendemain
Puis, lundi matin, le Toronto Star a publié, suite à une enquête qui a duré près d’un an, son article détaillé révélant que Ghomeshi aurait commis des agressions sexuelles et des actes sexuels violents non consentants sur trois femmes. Les trois femmes, demeurées anonymes, ont toutes été interviewées par le Star, mais ont choisi de ne pas porter plainte, pour l’instant.
 
Ça devenait donc de plus en plus inquiétant.

Pour Ghomeshi (et disons-le, ses nombreux fans), ça venait tout changer : si, comme il le soutient, tout cela n’est qu’une magouille pour qu’il perdre sa job et qu’on l’a effectivement congédié à cause de « fausses allégations », ça semble bien mal orchestré. La CBC n’a pas commenté depuis, mais en lien avec les révélations du Toronto Star, les raisons de son congédiement deviennent de plus en plus claires... À la lumière des nouvelles informations, on comprend donc que la CBC savait probablement que l’histoire allait sortir. Le congédiement de Ghomeshi, contrairement à ce qu’il laisse entendre, n’a donc probablement rien à voir avec une histoire de bandeau et de cuirette dans le privé, entre adultes consentants…
 
Ce serait en effet un peu fort de penser à une théorie du complot : on a beau traiter la CBC de frileuse et conservatrice, aurait-on congédié un animateur vedette parce qu'il serait peut-être sado-maso et weird dans la couchette? Probablement que non. Les avocats de la CBC doivent bien savoir à quoi la société d'État s'expose si cette dernière renvoie Ghomeshi simplement pour de tels motifs. Ghomeshi a beau soutenir qu'il est une victime, que l’ex et la journaliste sont mal intentionnées et il prétendra sans doute que les femmes ont menti pour X raison, sa démarche de damage control paraît douteuse.
 
Mardi
Mardi, le musicien Owen Pallett a publié un statut-choc sur Facebook : oui, Ghomeshi est son ami. Mais ça semble très clair pour lui que l’ex-animateur a violenté et agressé ces femmes et que le témoignage des victimes potentielles a plus de poids et est plus crédible que la version de Ghomeshi. Pallett met en doute son amitié.

Les unes après les autres, plusieurs personnes qui soutenaient Ghomeshi ont changé leur fusil d’épaule (j'avais moi-même plusieurs amis Facebook qui avaient aimé son statut de dimanche dernier... tous ont unliké), alors que la CBC décrochait les affiches de l’ex-animateur des murs de son siège social de Toronto. Les témoignages de soutien pour l'ex-animateur continuent toutefois d'affluer sur le profil Facebook de ce dernier. Les gens sont parfois difficiles à suivre...On soulève par ailleurs l'effet dissuasif que pourrait avoir la vague de sympathie envers Ghomeshi pour les victimes d'agressions sexuelles qui voudraient porter plainte.
 
Même les politiciens se rétractent : Elizabeth May, chef du Parti vert du Canada, a d’abord défendu Ghomeshi via Twitter, puis est revenue sur ce qu’elle a dit.

What’s next? L'ex-animateur a beau être présumé innocent d'avoir commis ces gestes (rappelons d'ailleurs qu'aucune plainte n'a été faite contre lui), les témoignages recueillis par le Toronto Star, un quotidien sérieux, sont bien inquiétants.

Ghomeshi aura-t-il gain de cause? La CBC a-t-elle réagi assez rapidement? Des plaintes seront-elles portées contre Ghomeshi? Qu'est-ce qu'on va apprendre de plus? Chaque jour apporte autant de nouveauté dans l'histoire que des épisodes de Mémoires vives, 30 vies et Unité 9 mis ensemble.

À suivre...

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