
La vie, la mode et les communications sont un beau ramassis de paradoxes. Étant correctrice pour le cours de Théorie de la communication à l’Université de Montréal, je retombe parfois dans certaines théories que j’aime et d’autres que je n’aime pas vraiment.
Mon top 3 des théoriciens pref’ est:
1. Roland Barthes mon amour,
2. Goffman de mon coeur et
3. la gang à Bateson.
Je sais, je ne suis pas prof et nous ne sommes pas dans un cours de comm, mais l’idée de la double contrainte s’applique très bien à la mode. À ce sujet, Wikipédia nous aide, encore une fois, à mieux comprendre (sans ouvrir nos livres):
«La double contrainte exprime deux contraintes qui sopposent : lobligation de chacune contenant une interdiction de lautre, ce qui rend la situation a priori insoluble.
Donc, dès qu’une action est commise, on se met en danger mais si on n’agit pas, on se met en danger aussi. Bref, on est pris, on ne sait pas quoi faire.
Comment peut-on traduire cette situation là en mode?!
Voici un exemple concret: vous allez au Globe (lol) après une journée d’école, sans avoir le temps de vous changer (aka trop mon cas lors de la soirée première bulle). Le Globe est un endroit chic, les conventions sociales exigent de vous un effort supplémentaire pour pimper votre look MAIS le jugement sévère de vos pairs vous empêche d’être trop fancy en classe.
Pas encore certains? Laissez-moi citer Le détesteur:
«En 2011 et plus que les années précédentes, les gars ont été paralysés par la peur d’avoir l’air hipster. Ou douchebag. Résultat, vous êtes condamnés à vous habiller comme des esti de vidanges.»
Bon, bon, bon. J’imagine déjà la panique dans vos yeux mais si, techniquement, vous êtes paralysés dans ce Catch-22 sans fin, certaines pistes de solution s’offrent à vous (une chance).
1. Le recadrage du niveau de lecture: «Paul Watzlawick explique quon ne sort dune boucle paradoxale (double contrainte) que par un recadrage, permettant une lecture de la situation à un niveau différent». Donc, ce n’est pas grave si vous êtes plus chic à l’école car vos pairs vont comprendre ou ce n’est pas grave si, à une soirée, vous portez des vêtements à connotation différente/louche, au fond vous êtes quand même une bonne personne.
2. La mise en abîme: Tant qu’à être pris, aussi bien en rire. Là-dessus, je vous invite à relire le merveilleux billet de notre amie et collaboratrice Aurélie: Du droit de s’en foutre: Manifeste de l’apatie vestimentaire.
3. La conséquence méthodologique: «Un moyen de sortir de ce mécanisme est donc didentifier des repères stables (des évidences qui sont extérieures à limpossibilité). À partir dune double contrainte, il est toujours possible didentifier (dans la durée) et pour le moins de chercher (dans limmédiat) – une trilogie déléments (pièces mécaniques, points de vues abstraits, attitude pertinente
) permettant de sortir dune situation apparemment insoluble.»
Dans notre premier cas, il est toujours possible d’apporter des vêtements de rechange. Pour le cas du Détesteur, on peut choisir de s’en foutre ou de mélanger les styles… Vous comprenez?
4. La métacommunication: «La métacommunication, autrement dit communiquer sur la communication, est un terme récurrent pour exprimer un moyen de faire face à une situation de double contrainte.» Avec notre exemple #1, la personne pourrait parler de sa situation dans la classe, annulant ainsi le problème du jugement. Dans le deuxième cas, la personne peut dire: «oui, mon chandail c’est un chandail de douchebag, mais yé telllllllllement confortable».
L’image vient d »ici.