Inspiration: soft rock LA

NDLR: Cette semaine, Sarah-Maude s'inspire des photos de RJ Shaughnessy pour faire une histoire qui s'appelle: DUNCAN.


Je me rappelle je portais une robe super serrée tellement serrée que j’avais l’air d’une saucisse sous nourrie. Ma robe avait l’air chère, elle était blanche qui tire sur le beige, mais tout de même blanche (les gars font pas la différence entre blanc et blanc qui tire sur le beige anyway). J’avais pris l’avion toute seule, ma mère capotait, j’avais pris l’avion toute seule moi je capotais. L’aéroport était plein d’anglos, je capotais.

Je faisais juste capoter je passais mon temps à capoter je gâchais le moment à capoter.

Je capotais surtout parce qu’il m’attendait là, il m’attendais à la gate, il m’attendait le dos appuyé sur le mur, les pieds croisés, les bras croisés, les cheveux pas attachés, la barbe pas faite, le t-shirt lavé, les jeans coupés, les shades vintage, le chapeau sur le boutte de la tête, les tatous frais fait sur les jointures (shit c’est rock ça).

Je voulais virer folle d’en dedans tellement il était Américain de m’attendre de même. J’ai poussé les portes vitrées avec ma valise loadée que je traînais juste sur une roue (l’autre était genre coincée la conne) et quand il m’a vu de loin, il a tout décroisé son corps et sa bouche a fait un sourire juste d’un bord et il a enlevé son chapeau et peigné ses cheveux avec ses doigts de je-conduis-une-moto-dude.

Fuck j’aurais aimé faire comme dans les films pis faire l’amour avec live là mais ostie je suis jamais game j’suis pissou-sexuelle je pense.

Ça faisait tellement de temps. Que j’attendais. De le voir. Lui pis les States. Se décroiser le corps.

J’avais préparé dans l’avion ma phrase de bonjour ça y allait comme ça : Hi ! (Accolade suuuuuper intense pis longue) It’s been a while, you look great, flight was great, food sucked, lending was great, let’s fuck.

Mais finalement, j’ai juste fermé ma gueule et on s’est serré fort et on s’est regardé en souriant et on s’est resserré fort encore plusse et on a dit en même même temps Hey et on a rit et on s’est serré les quatre mains ensemble, on s’est touché ben comme il faut les doigts et il a enroulé son bras plein de têtes de mort autour de mes épaules qui ont perdus 15 livres juste pour lui et il a traîné ma valise loadée jusque dans son pick-up shiné. Dans ma tête de niaiseuse je pensais vraiment que la conversation allait couler comme une grosse rivière avec ben du courant, mais les mots se sentaient gênés de mon bord alors je le laissais parler et je riais entre ses anecdotes et je lâchais des oh yes yes oh non oh yes oh maybe oh lovely (lovely mot de pitoune cheap qui sait justement pas quoi dire je trouve). Je faisais voler mes cheveux par la fenêtre de son pick-up brillant et on écoutait le dernier Iron and Wine pas encore sorti à Montréal. Ça goûtait folk comme moment.

C’est une bonne saveur pour un moment qu’on attend depuis si si si si longtemps. On roulait sur l’autoroute quatre fois plus large que la 10, on roulait, c’était smooth, on écoutait The Sheperd’s dog, il savait les paroles, il sifflait un peu, moi je faisais juste le checker du coin de l’œil, je mangeais des yeux son V-Neck, sa peau en dessous, son poils en or (à cause du soleil), je regardais ses ongles sales (miam des ongles sales no joke c’est hot), ses bagues (au nombre de trois, ça peut sembler weird mais no joke c’est hot), son facial hair parfaitement découpé sur son visage de babe. Ses doigts pianotaient sur le volant, il me posait des questions qui m’échappent là maintenant, je répondais prudemment. Je remontais ma robe (beaucoup trop) ajustée sur mes cuisses faussement brunes (m’étais abonnée au tanning salon), je glossais mes lèvres aux trois minutes, je gossais dans mes cheveux, je les tressais, je les dé-tressais.

Quand j’y repense j’aurais dû me pitcher en bas du pick-up. Mais L.A. on my own j’aurais pas survécu longtemps. Je pouvais pas encore plusse pitcher mon dad’s money par les fenêtres ; le vol avait coûté cher, mon linge qui look américain avait coûté cher. Mon père avait sorti sa Visa Gold parce qu’un soir j’avais crié : «OUI MAIS MOI JE L’AIME» et on avait magasiné les vols pour le là-bas.

J’avais pris l’avion toute seule. Pour rejoindre un gars qui ride une moto les jours de congés, qui porte un Speedo et qui rock le look, un gars qui attache ses cheveux en queue de cheval les soirs de fête, qui ne boit pas et qui aime sa mère. J’ai faite toutte ça pour me rendre compte qu’il était juste juste toutte ça : un look un maillot de bain des cheveux des ongles crottés des bagues de bum des dessins sur le corps un chapeau un v-neck un pick-up et du folk.

C’est tout. Je vire pas à l’envers pour ça finalement. Merci pour les sous, papa, pis pour le wake-up call oké t’avais raison.