Je suis une femme aigre-douce

Crédit photo: Kendyle Nelsen/Unsplash Je suis une femme aigre-douce

La culture populaire regorge de figures d’hommes amers et grognons, traits qui les rendent attachants et drôles pour leur auditoire : pensons à Dr. House, à Ron Swanson dans Parks and Recreation, ou même, oserais-je dire, à Shrek. Malgré leur sale caractère et parfois carrément leur misanthropie, il est possible de voir « leur bon fond », souvent grâce aux personnages féminins qui les entourent et qui comprennent que sous ces êtres bourrus se cachent des hommes au cœur tendre.

Ce stéréotype n’est pas présent qu’à la télévision et au cinéma : je constate souvent, dans mon quotidien, que les hommes peuvent se permettre d’être extrêmement acerbes sans pour autant que cela affecte négativement notre perception d’eux ; dans le cas des hommes qui sont intellectuels ou artistes, même, je constate que leur côté amer et désabusé est souvent perçu comme la marque d’un génie incompris.

Pourtant, les femmes qui agissent ainsi ont bien moins bonne presse. Je ne parle pas ici d’être cruelle ou violente verbalement, mais simplement d’être, en bon québécois, une chialeuse. Je me considère comme une personne gentille, mais on me perçoit souvent comme méchante parce que je suis de nature assez critique et qu’il m’arrive (oh malheur!) d’être de mauvaise humeur. Je suis également souvent très sérieuse et concentrée dans mon travail, ce qui me donne une resting bitch face.

Je pense que les perceptions négatives envers les femmes comme moi viennent des attentes sociétales envers les personnes que l’on perçoit comme féminines : on s’attend de nous à ce que nous soyons souriantes, de bonne humeur, légères, gentilles, sensibles, aidantes… D’ailleurs, Anna Gunn, l’actrice interprétant Skyler White dans Breaking Bad, a vécu la haine des fans pour son personnage : en tant qu’épouse du personnage principal, elle était détestée violemment et perçue comme une mégère parce qu’elle osait être critique du comportement de son mari (qui, soulignons-le, synthétise de la métamphétamine et agit souvent de manière égoïste, voire violente) et lui tenir tête.

Il fut un temps où cela m’affectait, où je me faisais parfois violence afin d’être perçue comme une « gentille » femme. Je réalise maintenant que je suis qui je suis, une femme gentille et sensible, mais aussi une femme corrosive et critique. Dans le fond, aigre-douce, un peu. Et je salue mes congénères, les Daria, les Jessica Jones et les Blair Waldorf de ce monde : je vous vois, je vous aime, je vous trouve inspirantes. Si ces traits de personnalité font de moi une femme méchante, je porterai ce titre avec fierté!

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