L'obsession de la réussite : A n'est pas qu'une lettre de l'alphabet.

Crédit photo: Ryan McGuire L'obsession de la réussite : A n'est pas qu'une lettre de l'alphabet.

La lettre A m’a toujours fait un effet particulier.

Enfant, quand je la voyais trôner au haut d’une dictée, je savais que j’allais rendre mes parents fiers. J’allais aussi faire partie des chouchous qui iraient dîner au resto avec la prof. Dans mon temps, ça se passait comme ça.

Au cégep, le R a remplacé le A. Au fond, il avait la même signification pour moi : l’excellence. Je m’étais donnée comme mission d’avoir une cote R élevée pour avoir une bourse d’entrée à l’université. Je passais des heures au club de maths pour être certaine d’avoir de bonnes notes dans mon cours de calcul différentiel et intégral. Je n’avais vraiment pas un talent naturel pour cette discipline. J’ai eu 30 % au premier examen. Puis, 85 % au deuxième. Je n'ai jamais laissé ma note redescendre. Ça faisait beaucoup trop mal.

Quand j’ai commencé mon bac, j’ai réalisé que ça demanderait encore plus d’efforts pour que les A s’alignent sur mon relevé de notes. J’en ai bavé, j’en ai pleuré, j’en ai douté aussi. Beaucoup. Quand par malheur (ou à cause de la plus récente tournée des bars) une autre lettre se faufilait dans la suite homogène qui me paraissait si rassurante, mon ego en prenait un coup. Je n’étais pas assez bonne. Pas par rapport aux autres. Ni même aux yeux des autres. Mais par rapport au barème que j’avais dans ma tête.
 
Crédit : Caroline B. Courcy

La pression ne venait de personne d’autre que de moi.

J’ai fini mon bac et je n’avais pas que des A. J’étais quand même fière et surtout contente d’avoir enfin fini, mais une petite voix à l’intérieur me disait que j’aurais pu faire mieux.

Deux ans après, j’ai décidé de retourner à l’école pour faire une maîtrise. J’ai averti mon copain que j’avais tendance à être dure avec moi-même. J’espérais quand même avoir pris une certaine maturité entre temps. Une certaine distance avec le système de notation. Hélas, l'histoire s’est répétée. Insécurités, larmes, nuits blanches et encore plus d’efforts pour remettre un travail qui, il le fallait, allait frôler la perfection.

Pour faire valider mon intelligence et mon potentiel par une simple lettre de l'alphabet.

En fin de compte, cette obsession m’a permis de voir à quel point j’arrive à canaliser mes efforts. Elle m’a démontré que quand je me fixe un objectif, je fais tout pour y parvenir. Elle m’a toutefois aussi fait réaliser à quel point la quête de la perfection et de la gratification peut être pernicieuse. À quel point elle peut prendre toute la place dans mon esprit. Et que ce n'est pas nécessairement sain.

Je ne sais pas si j'ai fini mon parcours scolaire, mais je sais que je ne serai jamais complètement libérée de cette pression. Même si je sais pertinemment qu'il y a bien pire dans la vie qu'une soi-disant mauvaise note.

Quelle relation entretenez-vous avec vos notes?

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